Beaucoup de voyageurs arrivent dans le nord de Madagascar avec une idée fixe : « dix jours, ça suffira à peine pour Nosy Be. » Puis ils découvrent que Diego Suarez et sa région regorgent de baies, de tsingy et de forêts qui n'ont rien à voir avec les plages de l'île, et le programme se retrouve à exploser en deux jours.
La bonne nouvelle, c'est que dix jours suffisent largement à faire les deux, à condition de bien répartir le temps entre terre et mer. Voici comment on a organisé notre propre passage entre Diego Suarez et Nosy Be, jour par jour, sans jamais avoir l'impression de courir.
Comprendre la géographie avant de planifier
Diego Suarez (Antsiranana) et Nosy Be ne sont pas voisines au sens strict : plus de 240 kilomètres de route séparent Diego du petit port d'Ankify, point de départ de la vedette rapide vers l'île, avec une traversée maritime d'environ 45 minutes. Ce trajet, qu'on a détaillé dans un article dédié, structure naturellement le programme en deux blocs bien distincts : le continent d'abord, l'île ensuite.
Cette répartition n'a rien d'artificiel. Diego Suarez et sa région offrent une expérience de randonnée et de nature sauvage, tandis que Nosy Be se vit davantage au ralenti, entre plages et sorties en mer. Dix jours permettent de consacrer environ 5 à 6 jours au continent et 4 à 5 jours à l'île, transfert compris.
Jours 1 et 2 : Diego Suarez et ses baies
Prendre ses marques dans la ville
Diego Suarez se découvre d'abord à pied, entre le marché couvert animé dès l'aube et le front de mer où mouillent encore quelques boutres traditionnels. La ville a gardé des traces de son passé colonial et militaire, visibles dans certains bâtiments du centre, sans pour autant se figer dans la nostalgie.
La Baie des Sakalava et les Trois Baies
À une vingtaine de minutes du centre, la Baie des Sakalava attire les amateurs de kitesurf et de planche à voile grâce à des vents constants, particulièrement forts entre juin et septembre. Juste à côté, l'enchaînement des Trois Baies — Baie des Sakalava, Baie des Pigeons et Baie des Dunes — se parcourt à pied sur un sentier côtier d'environ deux heures, offrant des points de vue spectaculaires sur l'océan Indien.
C'est une randonnée exigeante sous le soleil, sans beaucoup d'ombre sur la majeure partie du parcours. Partir tôt le matin, avec un chapeau et suffisamment d'eau, change complètement l'expérience.
Jour 3 : Montagne d'Ambre, la forêt en altitude
Le Parc National de la Montagne d'Ambre contraste radicalement avec la sécheresse de la côte : forêt humide, cascades successives et une fraîcheur bienvenue en altitude. Plusieurs sentiers balisés, de difficulté variable, mènent vers des points de vue panoramiques ou directement aux chutes d'eau les plus photographiées de la région.
Le guide, obligatoire comme dans tous les parcs nationaux malgaches, connaît généralement les meilleurs horaires pour croiser les caméléons et les lémuriens propres à cette forêt d'altitude. Compter une demi-journée pour les sentiers courts, une journée complète pour les circuits les plus longs.
Jour 4 : Tsingy Rouge, un décor presque irréel
À une petite heure de route de Diego Suarez, les Tsingy Rouges forment un paysage assez unique dans le pays : des pitons d'argile latéritique sculptés par l'érosion, dans des teintes qui vont de l'ocre au rouge profond. Contrairement aux tsingy calcaires gris du sud ou de l'Ankarana, ceux-ci résultent directement de la déforestation, qui a exposé des couches de sol normalement protégées par la végétation.
La visite se fait à pied, sur un site assez restreint mais photogénique à toute heure de la journée, avec une préférence pour la fin d'après-midi quand la lumière rasante accentue les couleurs.
Jour 5 : Réserve spéciale de l'Ankarana
Située à environ 150 kilomètres au sud de Diego Suarez, la réserve de l'Ankarana mérite une étape à part entière, idéalement en avançant vers Ankify plutôt qu'en aller-retour depuis la ville. Le massif calcaire abrite une véritable forêt de tsingy gris, des grottes profondes, ainsi qu'une faune riche : crocodiles, chauves-souris, une dizaine d'espèces de lémuriens et une forêt sèche décidue qui change complètement d'ambiance selon la saison.
C'est une bonne étape de transition avant de rejoindre la côte, en coupant la longue route vers Ankify en deux journées plus digestes plutôt qu'en une seule traversée épuisante.
Jour 6 : Ankarana → Ankify → Nosy Be
Dernière étape terrestre avant la traversée : la route continue vers Ankify, où la vedette rapide embarque les passagers vers Hell-Ville, port principal de Nosy Be. Petit rappel utile : les départs d'Ankify se font uniquement le matin, avant midi, ce qui impose de caler l'arrivée en conséquence plutôt que de risquer une traversée annulée en fin de journée.
Arrivée à Nosy Be en fin de matinée ou début d'après-midi, avec le reste de la journée pour s'installer et profiter d'une première baignade, souvent à Ambatoloaka, le quartier le plus animé de l'île.
Jour 7 : Mont Passot et lacs sacrés
Le Mont Passot, point culminant de Nosy Be, domine l'île avec une vue à 360 degrés sur neuf lacs de cratère d'origine volcanique, dont le lac Amparihibe, le plus vaste. Ces lacs sont considérés comme sacrés par la communauté sakalava, avec des fady stricts sur leurs rives : interdiction de pêcher, de fumer, de porter un chapeau ou des vêtements couvrant les pieds selon les sites.
Le coucher de soleil depuis le sommet reste l'un des moments les plus attendus du séjour sur l'île, à condition d'arriver suffisamment tôt pour trouver une bonne place et respecter les consignes locales sur place.
Jour 8 : Nosy Komba et Nosy Tanikely
Une excursion en bateau permet de combiner deux îles voisines dans la même journée. Nosy Komba, surnommée l'île aux lémuriens, abrite une importante population de makis macacos considérés comme sacrés par les habitants, dans un village où l'artisanat local se négocie directement sur le pas des portes.
Nosy Tanikely, classée réserve marine et parc national, complète idéalement la journée avec un fond marin accessible en palmes-masque-tuba dès les premiers mètres depuis la plage — un vrai aquarium naturel pour qui n'a jamais pratiqué la plongée.
Jour 9 : Plages du nord-ouest et détente
Après huit jours de randonnées, de tsingy et d'excursions en bateau, une journée dédiée uniquement à la plage s'impose naturellement. Andilana, sur la pointe nord-ouest de l'île, offre un sable clair et une eau généralement plus calme que sur les plages plus fréquentées du sud.
C'est aussi l'occasion, pour qui en a envie, de visiter une plantation d'ylang-ylang ou de vanille dans l'arrière-pays de l'île, avec cette odeur sucrée si caractéristique qui a valu à Nosy Be son surnom d'île aux parfums.
Jour 10 : Derniers instants et départ
Dernière matinée libre avant de rejoindre l'aéroport de Fascene pour un vol intérieur, généralement le mode de retour le plus pratique depuis Nosy Be.
Faut-il commencer par Diego Suarez ou par Nosy Be ?
Les deux sens fonctionnent, mais l'ordre choisi change sensiblement le rythme du séjour. Commencer par Diego Suarez, comme dans cet itinéraire, permet de terminer le circuit en douceur sur les plages de Nosy Be plutôt que d'enchaîner directement sur des journées de randonnée après une semaine de farniente.
À l'inverse, débuter par Nosy Be convient mieux à ceux qui arrivent fatigués d'un long vol et préfèrent récupérer sur une plage avant d'attaquer les étapes plus physiques du continent. Aucune option n'est objectivement meilleure : tout dépend du rythme dans lequel on préfère voyager.
Budget à prévoir sur les deux volets du circuit
Le poste le plus variable reste le transport : location de véhicule avec chauffeur-guide pour la partie continentale, puis excursions en bateau une fois sur l'île. Les droits d'entrée des parcs nationaux (Montagne d'Ambre, Ankarana) s'ajoutent à cela, avec un guide obligatoire sur chaque site, dont les tarifs varient selon la durée de la visite.
Pour un budget réaliste, mieux vaut demander des devis actualisés directement auprès des agences locales avant de partir plutôt que de se fier à des chiffres qui datent de plusieurs saisons.
Précautions à garder en tête
La région nord de Madagascar fait partie des zones où le risque de paludisme reste présent toute l'année, davantage que sur les Hautes Terres. Une protection adaptée (répulsif, moustiquaire imprégnée, traitement préventif si prescrit par un médecin) reste recommandée sur l'ensemble de ce circuit, y compris sur l'île.
Côté saison, la période entre mai et novembre reste la plus fiable pour combiner randonnées sur le continent et sorties en mer autour de Nosy Be, avec des routes plus praticables et une mer généralement plus calme qu'en saison des pluies.
En résumé
Dix jours permettent de vivre pleinement le nord de Madagascar sans le survoler : baies et tsingy autour de Diego Suarez, forêt d'altitude de la Montagne d'Ambre, faune de l'Ankarana, puis lacs sacrés, lémuriens et plages de Nosy Be. La clé reste de bien doser le temps entre le continent et l'île plutôt que de se précipiter sur les plages dès le premier jour.
Vous partez bientôt dans le nord de Madagascar ? Dites-nous en commentaire votre programme, et consultez notre guide complet pour relier Nosy Be à Diego Suarez si vous préparez la traversée en détail.
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